Caméra OGI détectant un panache de gaz invisible en infrarouge avec filtration spectrale
Publié le 12 mars 2024

La caméra d’imagerie optique des gaz (OGI) ne « voit » pas le gaz : elle visualise une absence d’énergie dans une bande spectrale infrarouge extrêmement précise, là où le gaz absorbe le rayonnement de l’arrière-plan.

  • La détection dépend de la correspondance entre la signature spectrale du gaz et le filtre de la caméra (spécificité).
  • La fiabilité de l’image repose sur une calibration rigoureuse et la compréhension des conditions environnementales (ΔT, vent).
  • En zone ATEX, l’utilisation d’une caméra OGI certifiée est un impératif de sécurité non négociable pour prévenir tout risque d’ignition.

Recommandation : Maîtriser les principes physiques de la détection de gaz est plus crucial que de posséder la technologie. C’est cette expertise qui transforme l’opérateur en un véritable diagnostiqueur de la sécurité industrielle.

L’un des défis majeurs pour tout responsable sécurité ou inspecteur LDAR est de rendre visible un danger par nature invisible : une fuite de gaz. Dans l’industrie pétrochimique, gazière ou de production d’énergie, un nuage de méthane ou de composés organiques volatils (COV) représente un risque d’explosion, une perte économique et un désastre environnemental. Les solutions traditionnelles comme les détecteurs portables, ou « sniffers », sont efficaces mais limitées à une détection de proximité, point par point. L’imagerie optique des gaz (OGI) a révolutionné cette approche en permettant de « voir » les fuites à distance et de scanner de larges zones rapidement.

Cependant, une erreur commune est de considérer la caméra OGI comme un simple caméscope magique qui révèle le gaz. Cette vision simpliste est dangereuse. En réalité, visualiser une fuite est un acte de diagnostic physique complexe. La caméra ne voit pas le gaz lui-même, mais l’ombre énergétique qu’il projette dans une bande très spécifique du spectre infrarouge. La véritable efficacité de l’outil ne réside donc pas dans sa technologie brute, mais dans la maîtrise par l’opérateur des principes de la physique spectrale. Comprendre le pourquoi de la filtration, les subtilités de la calibration et les impératifs de la sécurité en zone explosive est ce qui différencie une simple observation d’une mesure fiable et sécurisée.

Cet article se propose de décortiquer la physique qui sous-tend la technologie OGI. Nous explorerons comment choisir la bonne bande spectrale, comment s’assurer de la validité d’une détection, et quelles sont les procédures indispensables pour opérer en toute sécurité. L’objectif est de vous fournir les clés pour transformer une image de fuite en une donnée exploitable et pour faire de vous un expert du diagnostic, et non un simple utilisateur d’un outil.

Pour naviguer à travers les principes fondamentaux et les applications pratiques de cette technologie, cet article est structuré en plusieurs points clés. Ils vous guideront de la physique de la détection jusqu’aux procédures de sécurité essentielles sur le terrain.

Infrarouge ondes courtes (SWIR) vs ondes longues (LWIR) : quelle bande pour quel gaz ?

Le principe fondamental de l’imagerie optique des gaz repose sur l’absorption d’énergie infrarouge par les molécules de gaz. Chaque gaz possède une signature spectrale unique, c’est-à-dire qu’il absorbe l’énergie à des longueurs d’onde très spécifiques. Une caméra OGI n’est rien d’autre qu’une caméra infrarouge très sensible, équipée d’un filtre passe-bande extrêmement sélectif. Ce filtre est conçu pour ne laisser passer que la lumière correspondant à la « couleur » infrarouge du gaz cible. Ainsi, lorsque le gaz se trouve entre la caméra et un arrière-plan, il bloque l’énergie infrarouge de ce dernier, créant un « panache » sombre sur l’image. Le choix de la bande spectrale est donc crucial et dépend directement du gaz que l’on souhaite détecter.

La majorité des hydrocarbures, comme le méthane (CH4), le propane ou le butane, possèdent des liaisons carbone-hydrogène (C-H) qui vibrent et absorbent fortement l’énergie dans la bande infrarouge à ondes moyennes (MWIR), généralement entre 3 et 8 micromètres (μm). C’est pourquoi les caméras dédiées aux hydrocarbures sont refroidies et équipées de filtres centrés sur ces longueurs d’onde. Par exemple, la détection du méthane est optimale autour de 3,3 μm pour le méthane dans le MWIR, où son pic d’absorption est maximal. À l’inverse, d’autres gaz, comme l’hexafluorure de soufre (SF6) utilisé comme isolant électrique, ou l’ammoniac (NH3), ont leur signature spectrale dans la bande infrarouge à ondes longues (LWIR), entre 8 et 15 μm.

Cette spécificité est essentielle et peut être résumée par le tableau suivant, qui illustre la corrélation entre la bande spectrale, la plage de longueur d’onde et les types de gaz détectables.

Comparaison des bandes spectrales MWIR et LWIR pour la détection de gaz
Bande spectrale Plage (μm) Gaz détectables Avantages
MWIR 3-8 Méthane, hydrocarbures, COV Forte absorption des liaisons C-H
LWIR 8-15 SF6, ammoniac, CO2 Meilleure pénétration atmosphérique

En somme, il n’existe pas de caméra OGI universelle. Le choix de l’instrument est un acte de diagnostic initial : identifier le gaz à risque pour sélectionner l’outil doté de la filtration spectrale adéquate. Utiliser une caméra MWIR pour chercher une fuite de SF6 serait aussi inefficace que de chercher une fuite d’eau avec une boussole.

Comment calibrer une caméra OGI pour détecter du méthane à 5 mètres ?

Visualiser un panache de gaz ne suffit pas. Pour qu’une observation soit fiable, l’opérateur doit s’assurer que sa caméra est correctement configurée pour les conditions de l’inspection. La calibration sur site n’est pas une simple vérification technique ; c’est un protocole scientifique qui garantit que l’instrument est capable de détecter une concentration de gaz significative à une distance donnée. Sans cette validation, une absence de panache à l’écran pourrait signifier une absence de fuite, ou pire, une caméra mal réglée qui ne voit rien. Pour détecter du méthane, par exemple, le processus de calibration implique de recréer une fuite contrôlée pour valider la sensibilité de l’équipement.

La clé de la détection est le contraste radiométrique, ou delta T (ΔT) : la différence de température apparente entre le nuage de gaz et l’arrière-plan. Pour que le gaz soit visible, ce ΔT doit être suffisant. La calibration sur site consiste à utiliser une cellule de gaz de référence, qui contient une concentration connue de méthane (exprimée en ppm-m), pour simuler une fuite. En plaçant cette cellule à la distance d’inspection souhaitée (ici, 5 mètres), l’opérateur peut ajuster les paramètres de la caméra, notamment le mode haute sensibilité (HSM), jusqu’à ce que le gaz dans la cellule soit clairement visible.

Configuration de calibration d'une caméra OGI avec cellule de gaz de référence

Ce processus permet non seulement de confirmer le bon fonctionnement de l’appareil, mais aussi de prendre en compte les conditions environnementales. Une forte humidité ou un vent important peut disperser la fuite et réduire le contraste, nécessitant une sensibilité accrue. La calibration valide que, malgré ces facteurs, la caméra reste performante. C’est une étape non négociable avant toute campagne d’inspection sérieuse, garantissant que les données collectées sont défendables et fiables.

Sniffer (détecteur portable) ou caméra OGI : quel outil pour les fuites en hauteur ?

La question du choix entre un détecteur portable de type « sniffer » et une caméra OGI n’est pas une opposition, mais une question de stratégie et de complémentarité. Chaque outil a un rôle précis dans le processus de détection et de réparation des fuites (LDAR). Le sniffer mesure une concentration ponctuelle au contact de la source, offrant une quantification précise en ppm (parties par million). Cependant, son usage est lent et nécessite un accès direct à chaque point de contrôle potentiel : vannes, brides, raccords.

Pour les fuites en hauteur, comme sur des racks de tuyauterie ou des colonnes de distillation, l’utilisation d’un sniffer devient un cauchemar logistique et sécuritaire, impliquant des échafaudages, des nacelles et une exposition prolongée des opérateurs. C’est ici que la caméra OGI démontre sa supériorité stratégique. En permettant de scanner de larges zones à une distance de plusieurs dizaines de mètres, elle agit comme un outil de « chasse » ou de pré-diagnostic extrêmement efficace. L’opérateur peut balayer des centaines de composants en quelques minutes depuis le sol, sans avoir besoin d’infrastructures lourdes.

Étude de cas : Comparaison terrain en pétrochimie

Une inspection menée sur un site pétrochimique a mis en évidence l’efficacité de l’OGI. L’opérateur a pu scanner environ 3000 connexions potentielles par jour avec une caméra OGI, contre seulement 500 pour un opérateur équipé d’un sniffer. Plus important encore, la capacité de détection à distance de l’OGI a permis d’inspecter les composants en hauteur depuis le sol, éliminant le besoin de monter des échafaudages coûteux pour 85% des points de contrôle élevés. La caméra identifie les zones de fuite, et le sniffer peut ensuite être utilisé de manière ciblée pour quantifier précisément la fuite identifiée, optimisant ainsi le temps et les ressources.

La doctrine moderne du LDAR est donc une approche en deux temps. L’OGI est l’outil de balayage rapide et sécurisé pour localiser les fuites, en particulier celles qui sont difficiles d’accès. Le sniffer est l’outil de confirmation et de quantification précise, utilisé une fois la source potentielle identifiée. Pour les fuites en hauteur, l’OGI n’est pas une alternative, c’est la première ligne de détection logique et efficace.

L’erreur de penser que la caméra voit « tous » les gaz (spécificité spectrale)

Une idée reçue persistante est que les caméras OGI sont des dispositifs universels capables de détecter n’importe quelle fuite de gaz. C’est une erreur fondamentale qui peut avoir des conséquences graves en matière de sécurité. Comme nous l’avons vu, une caméra OGI est un instrument spectroscopique hautement spécialisé. Elle est « aveugle » à tous les gaz dont la signature d’absorption infrarouge ne correspond pas à la fenêtre de son filtre. Une caméra conçue pour le méthane (MWIR) ne verra jamais une fuite de SF6 (LWIR), et vice-versa.

Même si la technologie OGI permet de visualiser une large gamme de composés, il est crucial de comprendre que chaque caméra est optimisée pour une famille de gaz spécifique. L’industrie a identifié plus de 400 composés détectables par imagerie optique, mais aucun instrument ne peut tous les couvrir. Le choix de la caméra doit être précédé d’une analyse de risque rigoureuse : quels sont les gaz présents sur le site ? Lequel est le plus dangereux ou le plus susceptible de fuir ? La caméra doit être choisie en fonction du gaz prioritaire.

Cette spécificité est une force, pas une faiblesse. Elle permet une détection très sensible et réduit les faux positifs. Cependant, elle impose à l’opérateur une connaissance parfaite de son outil et des limites de celui-ci. Avant toute inspection, il est impératif de vérifier que la fiche technique de la caméra mentionne bien le gaz cible. Pour les sites présentant des mélanges de gaz avec des signatures spectrales différentes (par exemple, des hydrocarbures et de l’ammoniac), il peut être nécessaire de réaliser des inspections avec plusieurs types de caméras OGI ou de compléter l’inspection avec d’autres technologies de détection.

Penser que sa caméra « voit tout » est le meilleur moyen de passer à côté d’une fuite dangereuse. La première compétence d’un thermographe spécialisé en OGI est de savoir ce que son instrument peut et, surtout, ne peut pas voir.

Comment quantifier le débit de fuite (ppm) à partir de l’image spectrale ?

Visualiser un panache de gaz est la première étape. La seconde, souvent demandée pour des raisons réglementaires (LDAR) ou de maintenance prédictive, est de quantifier la fuite : quel est son débit en litres par heure ou sa concentration en ppm ? C’est ici que l’on passe de l’imagerie optique des gaz (OGI) à la quantification de l’imagerie optique des gaz (QOGI). Il est essentiel de comprendre que la quantification n’est pas une lecture directe, mais le résultat d’un calcul complexe basé sur l’image et de multiples variables environnementales.

Un panache plus sombre ou plus grand ne signifie pas nécessairement une fuite plus importante. L’intensité du panache visible dépend de nombreux facteurs, et la quantification consiste à les intégrer dans un algorithme pour estimer le débit. Les principales variables à mesurer sur le terrain pour une quantification fiable sont :

  • La distance entre la caméra et la fuite.
  • La vitesse et la direction du vent, qui dispersent le gaz.
  • La température de l’air ambiant et l’humidité relative.
  • Le contraste radiométrique (ΔT) entre le gaz et la scène d’arrière-plan.

Des systèmes QOGI avancés, souvent sous forme de logiciels complémentaires ou de dispositifs à coupler avec la caméra, utilisent ces données en temps réel. L’algorithme analyse l’intensité de l’absorption pixel par pixel dans le panache, la corrèle avec les données environnementales et la compare à une base de données d’absorption de gaz pour fournir une estimation du débit de fuite.

Analyse de quantification QOGI montrant les variables critiques de mesure

Il est donc crucial de ne pas se fier à une simple appréciation visuelle pour la quantification. Sans une mesure rigoureuse des paramètres environnementaux et l’utilisation d’un logiciel de calcul validé, toute estimation reste subjective. La quantification transforme l’image qualitative en une donnée quantitative exploitable, mais elle exige une méthodologie aussi rigoureuse, sinon plus, que la détection elle-même.

Pourquoi l’effet Corona chauffe-t-il les isolateurs et comment le distinguer ?

L’imagerie de détection de gaz ne se limite pas aux fuites d’hydrocarbures. Les mêmes principes physiques permettent de diagnostiquer des problèmes sur les équipements électriques à haute tension, notamment l’effet Corona. L’effet Corona est une décharge électrique causée par l’ionisation de l’air entourant un conducteur lorsque le champ électrique dépasse un certain seuil. Il se produit souvent sur les isolateurs, les transformateurs ou les lignes à haute tension. Cette décharge n’est pas une fuite de gaz au sens classique, mais elle génère des sous-produits gazeux qui, eux, sont détectables.

L’ionisation de l’air (composé principalement d’azote N2 et d’oxygène O2) par l’effet Corona produit de l’ozone (O3). L’ozone possède un pic d’absorption infrarouge très net, situé à 9,6 μm, dans la bande LWIR. Une caméra OGI équipée du filtre adéquat peut donc visualiser le panache d’ozone généré par l’effet Corona. De plus, en présence d’humidité dans l’air, l’effet Corona peut former de l’acide nitrique, un composé corrosif qui se dépose sur les isolateurs et crée des chemins conducteurs, entraînant un échauffement par effet Joule.

Le piège est de confondre la cause et la conséquence. L’échauffement visible sur un thermogramme standard n’est souvent pas l’effet Corona lui-même (qui génère une chaleur négligeable), mais la conséquence de la contamination par l’acide nitrique. Un diagnostic différentiel est donc nécessaire. Une étude de cas sur un poste électrique 225kV a montré qu’une inspection combinant une caméra UV (qui voit directement la décharge Corona) et une caméra IR a révélé que l’échauffement localisé n’était pas à l’endroit de la décharge Corona, mais le long d’un chemin de contamination créé par celle-ci. L’utilisation d’une caméra OGI LWIR peut aider en visualisant le nuage d’ozone, confirmant la présence de l’effet Corona comme cause première du problème.

La distinction est cruciale : traiter l’échauffement sans éliminer la source Corona (par exemple, en nettoyant ou en remplaçant l’isolateur) ne résoudra pas le problème à long terme. L’OGI offre ici un outil de diagnostic complémentaire pour remonter à la cause racine du défaut électrique.

Pourquoi une caméra standard est-elle une source d’ignition potentielle en zone gaz ?

Opérer dans une zone où une atmosphère explosive est susceptible de se former (zone ATEX) impose des contraintes de sécurité drastiques. L’introduction de tout équipement électronique non certifié, y compris une caméra ou un appareil photo standard, est formellement interdite. La raison est simple : un appareil électronique classique est un concentré de sources d’ignition potentielles, capable de déclencher une explosion en présence d’un mélange gaz/air inflammable.

Il existe trois principales sources d’ignition sur un équipement électronique :

  1. L’énergie thermique : Les composants électroniques, comme le processeur et la batterie, chauffent en fonctionnement. Si la température de surface de l’appareil dépasse la température d’auto-inflammation (T.A.I.) du gaz présent, il peut provoquer une ignition. La réglementation ATEX définit des classes de température pour les équipements. Par exemple, une certification T4 garantit que la surface ne dépassera jamais 135°C, tandis que la classe la plus stricte T6 impose une limite à 85°C maximum.
  2. L’énergie électrique : Une simple étincelle peut suffire. Elle peut être générée par la connexion de la batterie, un court-circuit interne ou même l’actionnement d’un interrupteur. Les équipements ATEX utilisent des modes de protection comme l’encapsulation (Ex-d), qui confine une éventuelle explosion à l’intérieur d’un boîtier robuste.
  3. L’énergie statique : Le simple fait de manipuler un boîtier en plastique peut générer une charge électrostatique. Sa décharge peut créer une étincelle d’énergie suffisante pour enflammer certains gaz. Les équipements ATEX sont donc fabriqués avec des matériaux antistatiques.

Une caméra OGI certifiée ATEX est conçue pour neutraliser ces trois risques. Sa température de surface est contrôlée, ses circuits sont protégés contre les étincelles et son boîtier est antistatique. Utiliser une caméra standard en zone gaz, c’est introduire une bombe à retardement.

Ce tableau résume les risques et les solutions mises en œuvre dans les équipements certifiés.

Sources d’ignition des équipements électroniques en zone ATEX
Source d’ignition Mécanisme Exemple sur caméra Solution ATEX
Énergie thermique Échauffement > T.A.I. du gaz Processeur, batterie Limitation classe T
Énergie électrique Arc ou étincelle Connexion batterie Encapsulation Ex-d
Énergie statique Décharge électrostatique Boîtier plastique Matériaux antistatiques

À retenir

  • Une caméra OGI est un spectromètre sélectif : son efficacité dépend de la correspondance entre son filtre et la signature spectrale du gaz cible.
  • La fiabilité d’une détection n’est pas garantie par l’image seule, mais par un protocole de calibration rigoureux qui valide la sensibilité de l’appareil dans les conditions réelles de l’inspection.
  • La sécurité en zone ATEX est absolue. Elle repose sur l’utilisation d’équipements certifiés qui neutralisent les risques d’ignition thermique, électrique et statique.

Quelles procédures mettre en place pour protéger le thermographe en zone ATEX ?

La sécurité du thermographe en zone ATEX ne repose pas uniquement sur l’utilisation d’une caméra certifiée. Elle dépend d’un ensemble de procédures strictes à appliquer avant, pendant et après l’inspection. Ces procédures visent à créer des barrières de sécurité redondantes pour s’assurer que ni l’opérateur ni son équipement ne deviennent une source d’ignition, et que l’opérateur lui-même est protégé contre une exposition accidentelle au gaz.

Le principe fondamental est la redondance de sécurité. La caméra OGI détecte les fuites à distance, protégeant l’opérateur d’une exposition directe, mais elle ne le protège pas d’un nuage de gaz imprévu dans sa zone de respiration. C’est pourquoi le port d’un détecteur multi-gaz personnel (H2S, CO, O2, LIE) est un complément indispensable. Cet appareil déclenchera une alarme si l’opérateur entre dans une poche de gaz non détectée ou se rapproche trop d’une fuite.

Comme le souligne l’INERIS, l’un des organismes de référence en matière de risque industriel, la complémentarité des outils est la clé de voûte de la sécurité de l’opérateur.

La caméra OGI détecte à distance, le détecteur personnel protège l’opérateur dans sa zone de respiration – cette redondance est vitale.

– INERIS, Guide OMEGA 36 – Prévention du risque ATEX

Au-delà de cette double détection, un protocole de sécurité complet doit être formalisé, souvent via un permis de travail électronique qui assure la traçabilité de chaque étape.

Plan d’action : procédure de sécurité pour inspection OGI en zone ATEX

  1. Vérification pré-entrée : Réaliser un « bump test » du détecteur 4-gaz personnel pour s’assurer du bon fonctionnement des capteurs (H2S, CO, O2, LIE).
  2. Contrôle des certifications : Vérifier la validité de la certification ATEX de la caméra OGI et la date du dernier étalonnage du détecteur personnel.
  3. Gestion de l’alimentation : S’assurer que tous les équipements électroniques sont complètement chargés avant d’entrer en zone. Le changement de batterie est formellement interdit à l’intérieur de la zone ATEX.
  4. Élimination des sources d’ignition personnelles : Laisser tous les objets non certifiés ATEX en dehors de la zone (téléphone portable, clés de voiture, montre non certifiée, etc.).
  5. Mise en œuvre de la double détection : Utiliser la caméra OGI pour l’inspection à distance tout en portant en permanence le détecteur multi-gaz personnel activé.

L’application systématique de ces règles transforme une opération potentiellement dangereuse en une procédure maîtrisée. Pour solidifier ces connaissances, il est essentiel de réviser les étapes de cette procédure de sécurité avant chaque intervention.

Pour garantir la sécurité et la fiabilité de vos inspections, l’étape suivante consiste à formaliser ces principes dans vos propres procédures LDAR et à former rigoureusement vos opérateurs. La maîtrise de la physique et des protocoles est le seul véritable garant d’une détection de gaz efficace et sûre.

Rédigé par Alexandre Kovacs, Ingénieur R&D en électronique et vision industrielle. Spécialisé dans la thermographie de précision (PCB), la microscopie thermique et la détection de gaz (OGI).